Apprendre et former : la dimension langagière

Maîtriser le langage fait partie des gestes professionnels de tout enseignant.
Dans ce domaine, il y a urgence et intérêt, au XXI<sup>e</sup> siècle, à renouveler les
connaissances au sein de nos sociétés dites modernes. Cet ouvrage collectif
est le fruit du travail d'enseignants-chercheurs en sciences de l'éducation qui
s'attachent à décrire des situations scolaires de la maternelle à l'université.
Comment un enseignant gère-t-il ses prises de parole pour engager des
élèves dans les activités scolaires ? Les contributions de chacun, chercheurs
isolés ou équipes émanant de laboratoires français (Clermont-Ferrand,
Toulouse, Nancy/Metz, Nantes, la Réunion), interrogent : à quoi sert la
verbalisation ? À qui sert-elle ? Comment opère-t-elle ? Parle-t-on de la
même manière à la maternelle et à l'université ?
La prise de parole - d'écoliers, de professeurs débutants ou plus aguerris, de
conseillers pédagogiques - peut se saisir de diverses manières. Ici est donné
à lire ce qui se dit. Les propos d'élèves (Tom, Mounir, Anita, Chloé...) étayent
la démonstration. Parler, en classe ou en cours, à l'école ou à l'université,
n'est pas chose facile. Michel Serres, philosophe académicien, explique que
quand il «entre dans un amphi pour faire cours sur la cacahuète», il sait
que «certains étudiants ont tapé "cacahuète" sur Wikipédia» (entretien
accordé au Journal du Dimanche , le 20 décembre 2012). Oui, parler est
toujours lié au contexte. Et parler, hélas, creuse les inégalités sociales,
scolaires et cognitives. Il faut le savoir pour pouvoir agir en
conséquence. Parler s'apprend. Il est nécessaire de former les
enseignants à la prise de parole. Pas seulement pour poser sa
voix ou communiquer, mais pour comprendre les principes
d'usage de la parole en contexte. Parler, c'est avant tout
lever des malentendus. Enseigner n'est pas uniquement
affaire de contenus et de savoirs. Il faut, pour accéder aux
savoirs, construire des relations interpersonnelles. Cela
demande du tact, des compétences et des connaissances
sur le langage. C'est à ce prix que l'ajustement langagier
élèves-enseignant favorisera une école plus égalitaire,
au sens d'équitable.