Soifs et vertiges

«Le bon aphoriste doit savoir haïr», disait Otto
Weininger, qui cultivait l'aphorisme et la haine
avec un égal bonheur. S'il y a bien quelque chose
que Virgile Elias Gehrig abhorre, dans le présent
«recueil», très peu recueilli, c'est la médiocrité et la
suffisance déclinées sous diverses formes (bourgeoise,
spirituelle, littéraire, religieuse etc.), qu'il stigmatise
chez celles et ceux qui restent en deçà de la Joie :
Joie majuscule, verticale, que l'on peut entrevoir au
bout des épreuves de la vie (le deuil, la souffrance)
et qui fulgure dans le désir, l'amour, la poésie, toute
philosophie a-morale, la mélancolie, même, et ce
geste contre-nature, essentiel, qu'est l'écriture.
En effet, Virgile E. Gehrig se drogue à l'encre et
revendique sa toxico-dépendance ; mais il n'y a aucune
pose dans ses cris poussés contre tout ce qui engonce.
Bréviaire panique de la liberté et de la folie en des
temps de marasme, Soifs et Vertiges succède à Pas du
tout Venise , premier roman boulimique lui aussi.
P. V.