Langues, cultures et développement en Afrique

Langues, cultures et développement en Afrique

Langues, cultures et développement en Afrique
Éditeur: Karthala
2008308 pagesISBN 9782845869851
Format: BrochéLangue : Français

Depuis le rapport de la Banque mondiale sur le développement (2004), la réussite

ou l'échec des projets se voient explicitement corrélés au degré d'implication des populations

«pauvres» concernées dans le processus de prise de décision relatif à leur mise

en oeuvre. Il est donc capital de se demander en quelles langues ces «pauvres» peuvent

faire entendre leur voix. Généralement, la pauvreté s'accompagne de ce que l'on peut

appeler une «dépendance communicationnelle», accentuée par la fragmentation linguistique

due au fort multilinguisme de la plupart des pays africains. Cette dépendance

n'affecte pas uniquement les groupes linguistiques très minoritaires ; elle reflète la marginalisation

de toutes les langues africaines par rapport aux langues officielles d'origine

européenne.

Si la maîtrise des ressources communicationnelles constitue un critère essentiel pour

la durabilité du développement local, comment peut-il se faire que la question linguistique

en général, et la langue localement principale en particulier (celle que la communauté

locale emploie le plus), soient ignorées ou voient leur rôle minimisé, comme le

démontre le silence qu'observent sur ce sujet les spécialistes de la communication pour

le développement ainsi que la majorité des sociologues de l'éducation ?

Deux positions se font face lorsqu'il s'agit de résoudre le problème de la fragmentation

linguistique. La première recommande d'employer une langue qui transcende cette

fragmentation ; ce peut être la langue léguée par la colonisation, ou une langue africaine

véhiculaire - les tenants du panafricanisme vont même jusqu'à prôner l'emploi d'une

seule langue africaine à l'échelle du continent. L'autre option est celle de la durabilité

communicationnelle, qui implique la maîtrise locale des questions d'intérêt local, exprimée

par l'usage d'une langue locale ; elle implique également l'égalité en matière de

communication et l'égalité dans l'accès à l'information. Si les experts admettent d'emblée

la première option (n'allant toutefois pas jusqu'à préconiser l'emploi d'une langue

véhiculaire africaine, en général), ils écartent a priori la seconde, qui les dépouillerait

de leur pouvoir linguistique.

L'écoute des «pauvres» dans leur propre langue et suivant leur propre code culturel,

permet une nouvelle compréhension des problèmes que leur cause la fragilité de

leurs conditions de vie ; elle permet encore de comprendre leur réactivité d'un point de

vue englobant (holistique) et non pas sectoriel (purement technique).

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