Petite histoire d'un village du Labourd, Urrugne : sur la frontière d'Espagne

«Le véritable patriotisme, écrivait Fustel de Coulanges, ce n'est pas l'amour du sol, c'est l'amour du passé.» Jean Fourcade qui met cette citation en exergue, au début de son ouvrage, est animé, lui, par cette double passion, mais il sait que l'une ne va pas sans l'autre : l'attachement au terroir, à «son église, (à) sa place et (à) ses montagnes» n'est rien sans la connaissance des événements guerriers qui s'y sont déroulés, du passé, proche ou lointain, de ce village-frontière, de la présence des envahisseurs du Pays basque au cours des premiers siècles, en bref de l'histoire du village, des origines à nos jours. C'est pour «faire aimer tout cela» aux Urrugnars qu'il a écrit ce livre, qu'il nous montre comment, après les violences et la confusion du début (des Ibères aux Maures, en passant par les Visigoths et les Normands), il y eut une organisation de la vie locale, dès le X<sup>e</sup> siècle et l'instauration du régime féodal au XII<sup>e</sup>, pourquoi la province sera sous la domination anglaise jusqu'en 1451 et dans quelles circonstances Urrugne verra passer successivement Louis XI, François I<sup>er</sup>, Charles-Quint, Charles IX et Catherine de Médicis, Louis XIV, le duc d'Anjou, Vauban...
La Révolution, qui n'est pas accueillie par les Urrugnars à bras ouverts, la Terreur qui n'empêche pas le comportement héroïque de certains prêtres, les combats contre les Espagnols, en 1793 et 1813 et l'afflux de réfugiés en 1833 et 1873 complètent cette partie historique. Ensuite, Jean Fourcade évoque avec talent et précision l'église et les chapelles du lieu, les traditions religieuses et les confréries, le château d'Urtubie, un des plus beaux du Pays basque, et les principales maisons : la mairie du XVII<sup>e</sup>, la ferme de Lissaritz, ancienne maison noble, la ferme d'Ibildox, celle de Jolimont, Acartebaita et Conieria. Il souligne aussi l'importance de la commune en superficie et en population, décrit les cultures et les industries, parle joliment de la pelote, «jeu traditionnel qui permet aux jeunes de goûter la détente de leurs muscles», évoque Urrugne et ses voisins, Ciboure, Hendaye, Saint-Jean-de-Luz, Biriatou et conclut par un développement émouvant intitulé Notre drapeau. Les listes des curés de la paroisse, des maires et des Urrugnars morts au champ d'honneur et quelques documents complètent ce bel ouvrage.