La passagère

Dans la grande maison où l'amiral vient de mourir, le
silence est tombé, lourd, pesant, comme l'atmosphère
de ces années de dictature militaire en Argentine. Pour
Tránsito, la vieille bonne, au service depuis toujours de
cette classe dominante complice de la terreur, l'heure
des comptes a sonné. Tout paraît en ordre, mais tout a
changé : l'occasion, enfin, de partir, de rentrer chez elle,
dans le Delta.
Tránsito vit dans un monde intérieur et, par le monologue,
Perla Suez nous plonge dans son esprit : cinquante
années de service, la fatigue, le rapport ambigu aux
maîtres, les rancoeurs accumulées et, surtout, sa quête
d'identité. Une lente prise de conscience plus efficace
que l'évocation directe des morts, des disparus, des plaies
encore ouvertes en Argentine.