Communication & organisation, n° 42. La communication, dimension oubliée de l'intelligence économique

Communication et organisation
L'intelligence économique est une habileté à comprendre finement et globalement un environnement
complexe et à prendre la bonne décision. Maîtrise de l'interaction, elle pose la question de l'action collective
ou action organisée dans l'optique du couple information/action dont la clé se trouve dans la génération
de connaissances actionnables. Transposition du terme anglo-saxon compétitive intelligence, l'intelligence
économique est officiellement née en France au début des années 90. Mais si l'ère des pionniers est
bien terminée, tout indique que l'intelligence économique n'a pas encore atteint sa maturité. Maturité
professionnelle mais aussi, et surtout, maturité intellectuelle ou académique. Car les errements théoriques
expliquent en grande partie les défaillances pratiques. L'intelligence économique s'inscrit scientifiquement
et pragmatiquement dans les sciences humaines et sociales. Née en dehors du cadre académique, elle s'y
est néanmoins développée dans une logique de marginalité au carrefour de plusieurs disciplines : le couple
sciences de gestion/sciences de l'information et de la communication pour le coeur mais aussi les sciences
économiques, politiques, juridiques pour la périphérie et - bien que cela reste encore embryonnaire - la
psychologie sociale ou la sociologie.
Estimant que l'intelligence économique est encore à la recherche de ses fondamentaux et notamment
de ses concepts opératoires (lien fort entre théorie et pratique), sa maturité implique le passage de
l'information dite stratégique à la connaissance, du « savoir pour agir » au « connaître est agir ». Une
évolution qui demande de mieux comprendre et d'intégrer pleinement l'aspect communicationnel d'une
intelligence économique trop souvent limitée à la gestion de l'information, fût-elle qualifiée de stratégique,
ou à une vision restreinte voire caricaturale du renseignement. Cette problématique est, selon nous, au
coeur de l'intelligence économique qui n'est pas réductible à un ensemble d'outils ou de méthodes mais
doit être également comprise comme une politique publique, un mode de pensée et même une culture.
Evoquée bien sûr, effleurée sans doute mais rarement intégrée aux réflexions et pratiques de l'intelligence
économique, la communication est le parent pauvre des pratiques d'intelligence économique et l'analyse
communicationnelle apparaît comme la grande absente des recherches sur la question. Loin de la
communication-commande, il s'agit pourtant bien de favoriser la communication-participation, la réponse
se trouvant alors dans la notion fondamentale d'émergence : l'intelligence - c'est-à-dire la compréhension
et la connaissance - qui émerge de l'organisation ne peut faire-émerger que si les individus font fonctionner
les boucles récursives information, organisation et en particulier communication. D'autant que (ré)introduire
l'analyse des processus communicationnels dans l'étude des démarches d'intelligence économique nous
entraîne nécessairement à distinguer l'information et la connaissance. Une distinction aussi essentielle
qu'insuffisamment développée.