L'Etat en Afrique : la politique du ventre

L'opinion occidentale reste gorgée de stéréotypes sur le pouvoir
et l'État en Afrique, en particulier quant au rôle privilégié que la
corruption et le tribalisme sont censés jouer au sud du Sahara.
Certes, les Africains parlent eux-mêmes à ce propos de «politique
du ventre». Mais l'expression renvoie, aussi bien qu'aux nécessités
de la survie et de l'accumulation, à des représentations culturelles
complexes, notamment celles du monde de l'«invisible», de la
sorcellerie. En d'autres termes, la «politique du ventre» témoigne
d'une trajectoire africaine du pouvoir qu'il faut comprendre à la
lumière de la longue durée.
L'analyse des groupes sociaux qui se disputent l'État post-colonial
et des différents scénarios qui ont prévalu depuis la
proclamation des indépendances permet d'avancer des hypothèses
neuves sur la formation d'une classe dominante, sur la dépendance
des sociétés africaines vis-à-vis de leur environnement international,
sur la place déterminante en leur sein des stratégies individuelles
et des modes populaires d'action politique, sur l'importance des
réseaux d'influence et des terroirs historiques dans le déroulement
des conflits, sur la récurrence des conduites - souvent
religieuses - de dissidence sociale, sur l'émergence de cultures
politiques originales.
En définitive, cet essai, devenu un classique en sociologie de
l'État, propose une lecture à la fois provocante et nuancée de ce
qu'il est convenu de nommer le «développement». Il ouvre aussi la
voie à une réflexion plus générale sur l'invention du politique dans
les sociétés d'Afrique et d'Asie.