Serial social : confessions d'une assistante sociale

«Dans le corps de l'assistante sociale, le mal et le bien
cohabitent. Elle est souvent émue par ce qu'elle entend,
hésitant entre le rire et les larmes. Qu'importe
ce qu'elle pense, ce qu'elle souhaite, elle doit refréner
ce désir brutal de prendre ce bébé dans les bras et cette
mère par la main pour les emmener dormir chez elle,
au chaud. Rien n'importe moins qu'elle-même à cet
instant. Seules comptent la réalité cruelle et sa propre
incapacité à la changer. Alors elle débite sa liste bien
rodée de ce qui est possible mais bien souvent impossible,
déplore les délais invraisemblables de l'Administration,
avec laquelle elle est condamnée à travailler,
lisse quelquefois la réalité pour faire avaler au mieux
cette huile de foie de morue et s'assurer qu'il ou elle
prendra son mal en patience. La question n'est pas
de savoir si c'est juste ou non. C'est comme ça, point
final.
Dans le pire des cas, l'assistante sociale aime les
gens mais déteste ce qu'elle doit défendre : des moyens
inexistants, des fonctionnements abrutissants, des
politiques délirantes...»