Etudes rurales, n° 185. Proliférantes natures

L'heure est au dérèglement de la nature. Au-delà
de l'épuisement de la biodiversité, du réchauffement
climatique et de l'appauvrissement des
ressources, les années 1990 voient émerger un
nouveau concept : la «prolifération» du vivant.
Ce concept modifie le statut des espèces : tantôt
nobles tantôt indésirables, tantôt «manne»
tantôt «ennemies», tantôt autochtones tantôt
allochtones.
C'est à travers bestiaires (lapins, goélands, criquets,
éphémères, chenilles) et herbiers (algue,
jussie, vase, prunus) que se déclinent ces «proliférantes
natures». Elles font l'objet de controverses
entre experts, agriculteurs, aménageurs et
usagers. Elles deviennent un véritable enjeu de
société et nous invitent à relire notre histoire de
la nature, tant d'un point de vue savant et politique
que d'un point de vue vernaculaire.
Ancrées dans le mythe du jardin d'Éden, ces
«invasions biologiques» disent les paradoxes, si
ce n'est les limites, de la gestion du vivant. Au
moment où les dispositifs techniques d'exploitation
de la nature sont en perte de vitesse tout
en demeurant les fondements inébranlables de
la société occidentale, l'homme semble être à la
recherche d'un réenchantement du monde. Face à
ces «invasives», les imaginaires contemporains
oscillent entre espoirs et doutes, rêves et peurs.
Ce numéro envisage successivement les taxonomies,
controverses et mythologies engendrées
par une nature qui nous échappe.