Visage slovène

Visage slovène
Ma mère venait de mourir, je n'étais plus la fille de
personne. En fixant son dernier visage, j'avais envie
de comprendre quelque chose au mien, à cet héritage
qui se transmet par la langue maternelle et s'appelle
identité. Ce n'était pas l'identité tranquille et évidente
qui m'intéressait, mais celle des exilés, ceux qui en
sont plus conscients que les autres et qui doivent lutter
pour la garder.
C'est pour ça que je suis partie à Buenos Aires où
vivent encore aujourd'hui 30 000 Slovènes et leurs
descendants, émigrés en Argentine en deux grandes
vagues : ceux qui fuyaient la misère et le fascisme italien
dans les années trente, puis les autres, les politiques,
fuyant le régime communiste après la Seconde
Guerre mondiale. Une idée curieuse, j'en conviens, d'autant
que j'ai embarqué dans ce voyage un autre exilé,
polonais et écrivain, c'est-à-dire exilé par essence,
Witold Gombrowicz. Mais vous allez voir leurs visages
de près...