Alternatives Sud, n° 4 (2010). Etat des résistances dans le Sud : Afrique

Les organisations de la «société civile» se comptent aujourd'hui par centaines
dans la plupart des pays africains. Cette prolifération s'est-elle traduite
par l'émergence de contre-pouvoirs dignes de ce nom ? En la matière,
quantité ne rime pas nécessairement avec qualité. La majorité de ces
organisations servent d'abord à capter des financements dans un contexte
de dégraissage des appareils administratifs et de déplacement des flux
de ressources extérieures vers les acteurs «non étatiques». Or face aux
bailleurs de fonds, la manifestation d'une expertise technique «axée sur
les résultats» est devenue un atout plus utile qu'une quelconque représentativité
sociale. Quant aux associations qui descendent dans la rue, beaucoup
servent surtout de caisse de résonnance aux partis en lice, qui les
mobilisent au gré de leur stratégie électorale.
Et pourtant... une minorité d'organisations - paysannes, syndicales, des
droits de l'homme - ne subordonnent pas la poursuite de leur mission à
l'indispensable recherche de financements extérieurs. La pertinence et la
constance de leurs prises de position leur confèrent une indéniable légitimité
au sein de la population, proportionnelle au discrédit qui frappe les
classes politiques. Dans plusieurs pays, ces organisations ont permis de
canaliser le mécontentement social et d'installer un rapport de force avec
les gouvernants. L'efficacité des méthodes clientélistes et des mécanismes
de cooptation rend cependant leurs conquêtes fragiles une fois la mobilisation
retombée...