La demoiselle d'Escalot (1230-1978) : morte d'amour, inter-dits, temps retrouvés

L'histoire de la demoiselle d'Escalot rythme la première partie de La
Mort Artu , roman anonyme daté de 1230, dernier volet du Lancelot-Graal
ou Cycle-Vulgate. Souvent réduite à un incident de la narration, à la belle-jeune-fille-mourant-d'amour-pour-le-meilleur-des-chevaliers-amant-de-la-reine-d'un-pays-merveilleux,
la demoiselle amoureuse de Lancelot du
Lac jusqu'à la mort est déterminante dans la chute du royaume d'Arthur.
L'étude met en évidence ce rôle capital, les sources du personnage, sa
fonction à la lumière des précédents romans du cycle, les conséquences du
drame personnel sur la communauté - mise en forme narrative du projet
didactique de l'auteur - puis s'intéresse à l'ensemble des réécritures,
médiévales et modernes, du roman hébreu (1279) aux poèmes de
Tennyson, La Dame de Shalott (1832, 1842) et «Lancelot et Elaine»
(1859). Après avoir établi les origines françaises d'Elaine, figure de proue
du romantisme anglais, elle interroge son absence de succès en France,
examinant la production hexagonale depuis les opéras post-tennysoniens
jusqu'au Graal fiction de Jacques Roubaud (1978) : universel singulier
adapté du nouveau continent au Japon - une fois sa notoriété acquise en
Angleterre après une odyssée des Pays-Bas à l'Italie - la demoiselle n'a
jamais séduit sa patrie d'origine.
«Dans son livre, Nadège Le Lan intéresse le lecteur à la vie et à la mort,
au mystère de la création de la demoiselle d'Escalot qui se consume d'amour
pour Lancelot. Ce personnage apparemment épisodique joue un rôle déterminant
dans La Mort du Roi Arthur. Nadège Le Lan étudie l'ensemble des
réécritures médiévales et modernes et nous fait découvrir dans la belle jeune
fille au sort tragique l'égale d'Iseut et d'Ophélie.»
André Lorant