Frontières des genres : migrations, transferts, transgressions

Il entre dans le choix du terme de frontières
que nous plaçons en tête de cet
ouvrage, une part de provocation. Est-il
encore légitime de s'interroger sur les frontières
des genres après que toute une part de
la littérature moderne a inventé et développé
des pratiques littéraires qui découlent d'un
refus des genres, voire d'une parfaite indifférence
à leur égard ? Si le texte génère le genre
et non l'inverse, comme on l'admet communément
aujourd'hui, il ne cesse pas pour
autant d'avoir besoin d'un cadre qui assure
sa compréhensibilité : cette médiation lui est
fournie par le genre. Le texte apparaît donc
comme l'unité fondamentale, mais non maximale,
dans la mesure où tout texte prend son
essor à partir de «glissières» existantes, prend
son sens à partir d'un fond commun de textes.
C'est le jeu avec les frontières, qu'on respecte
ou qu'on refuse, qu'on dépasse, qu'on brouille,
qui définit aujourd'hui le champ littéraire en
expansion. Ainsi, les frontières exhibées, effacées,
repoussées des genres dessinent-elles la
carte imaginaire et toujours singulière du lieu
littéraire d'où parle l'auteur-e et où a lieu la
rencontre avec le lecteur et la lectrice.