Critique, n° 783-784. Penser la catastrophe

Tremblements de terre, tsunamis, éruptions volcaniques, tornades,
incendies dévastateurs, inondations ou sécheresses destructrices :
nous sommes assaillis de catastrophes dites «naturelles». S'y ajoutent
celles qui ne nous paraissent pas naturelles du tout : chimiques, atomiques,
économiques, climatiques, etc. Et puis il y a la catastrophe,
réputée définitive, annoncée pour le 21 décembre 2012. Les Mayas
ont ici bon dos. C'est dans notre horizon d'attente que la catastrophe
s'est installée, angoisse diffuse entretenue par des événements très
concrets. Ces événements sont-ils véritablement devenus plus fréquents,
plus dramatiques, plus dévastateurs ? Ou seulement plus
visibles, parce qu'ils se découpent sur cet horizon ?
Dire que la catastrophe est une idée neuve en Europe fera
sourire. Le mot, après tout, date des Grecs, chez qui il désignait le
renversement , le bouleversement , la fin - et en particulier celle de la
tragédie. Mais que désigne-t-il aujourd'hui ? Et que dissimule-t-il ?
La réponse ne se trouve pas dans les dictionnaires. Quand sommes-nous
sortis de l'âge des désastres - celui de Lisbonne, en 1755, avait
bouleversé les consciences européennes - pour entrer dans l'ère des
catastrophes ?
Dix-huit contributions, autant de perspectives. La philosophie et
les sciences de la vie, l'histoire et les mathématiques, l'anthropologie,
la sociologie, l'économie, la psychanalyse, l'architecture, la littérature
et le cinéma devaient être au rendez-vous de ce numéro, puisque la
catastrophe s'est partout invitée et qu'elle impose son énigme aux
portes de la Cité mais aussi des arts et des savoirs.