Cahiers de brouillon de madame Plume

«Mes poches sont pleines de poèmes,
dit Madame Plume, que vais-je en faire ?»
Depuis qu'elle a eu vingt ans pour la première fois,
Jeannette Mougenot les a consignés dans ses cahiers de brouillon.
De brouillon, car ils ne sont pas destinés à être mis au propre :
Madame Plume refuse de se prendre au sérieux.
Et pourtant, malgré ce nom de plume, le lecteur sérieux
ne prendra pas ces poèmes à la légère.
S'ils ont l'air d'être plus jaillis qu'écrits, de n'appartenir
à aucun genre, oscillant entre la comptine et la ballade,
entre le calligramme et le calembour, entre le haïku
et l'élégie familière, s'ils ont l'air d'être sans règle,
ils obéissent pourtant à un ordre plus secret et végétatif :
celui que la poésie instaure entre la page, l'encre et la pensée,
comme entre la feuille de l'arbre, l'air et la sève,
la lumière effectue sa synthèse chlorophyllienne.
Poèmes aériens et enracinés, donc, nés d'un émerveillement
inépuisable devant la nature, devant le simple quotidien,
devant le langage et les mots, et qui nous enseignent sans en avoir
l'air cette vertu salubre et ménagère
dont le philosophe Alain conseillait
la pratique comme une hygiène
mentale préalable à la sagesse :
la bonne humeur.