Après la dictature : la société civile comme vecteur mémoriel

Le présent ouvrage s'inscrit dans la continuité des réflexions entamées dans le cadre
de l'axe 2 du laboratoire 3L.AM des universités d'Angers et du Maine sur la thématique
des «formations, déformations, et transmissions des mémoires culturelles», envisagée
d'un point de vue résolument pluriel. Les textes ici présentés sont regroupés en deux
parties distinctes, Stratégies mémorielles et Fictions et transmission de la mémoire.
Cet ensemble permet de démontrer que, lorsque la question de la mémoire se pose,
les spécificités nationales s'estompent au profit de similitudes que l'on retrouve non
seulement dans la plupart des pays qui ont eu à connaître des régimes dictatoriaux ou
totalitaires mais aussi dans la plupart des genres ou des modes d'expression qui s'en
emparent. Qu'il s'agisse de l'archive, de la presse ou des arts, la question de la mémoire
se pose et s'exprime en termes semblables quel que soit le lieu géographique concerné
ou l'époque, ce qui justifie l'approche multidisciplinaire qui est proposée ici : les études
portent en effet sur l'Allemagne, l'Autriche, l'Espagne, l'Italie, le Portugal, mais aussi sur
l'Afrique du Sud, l'Argentine, le Chili ou Cuba.
Et il est intéressant de constater que dans tous ces pays, et sous des formes diverses,
les populations n'ont pas laissé le traitement de la question de la mémoire à la seule classe
politique, ni même aux seuls historiens. Journalistes, romanciers, poètes et dramaturges
s'en sont également emparés à un tel degré qu'il est parfois difficile de trouver la ligne de
démarcation entre ce qui relève de la fiction et ce qui appartient à l'Histoire. La question
est en effet hautement délicate dans des pays devenus ou redevenus démocratiques, qui
ne veulent pas que leur mémoire soit confisquée par les élites au pouvoir comme leur
passé l'a souvent été.