Philosophie, n° 128. Adolf Reinach

Philosophie, n° 128. Adolf Reinach

Philosophie, n° 128. Adolf Reinach
Éditeur: Minuit
201694 pagesISBN 9782707329448
Format: BrochéLangue : Français

Ce numéro est consacré à l'une des figures centrales de la phénoménologie,

que seule sa mort prématurée en 1917 a privée d'une gloire plus éclatante.

Disciple de Theodor Lipps, Adolf Reinach fut avec Johannes Daubert et Moritz

Geiger l'un des membres du Cercle de Munich qui, après la découverte

déterminante des Recherches logiques de Husserl, s'efforça de thématiser la

conscience sur son versant objectal plutôt que subjectif, tentant de dégager

l'essence du pôle objectal visé par la conscience dans ses divers actes intentionnels

(perception, imagination, pensée, etc.). Lecteur des Ideen... I de

Husserl, dont il fut chargé de relire les épreuves, Reinach refusa d'adhérer au

tournant transcendantal du maître, récusant tant la méthode de réduction

transcendantale que la position ontologique husserlienne selon laquelle tout

étant se réduit à du sens visé et validé par la conscience pure, et optant pour une

phénoménologie réaliste et eidétique dont la méthode résidait dans la seule

intuition d'essence. Si le propre de l'attitude phénoménologique requiert

d' apprendre à voir effectivement, cela implique, en tout domaine, de considérer

les essences - en dépouillant l'objet considéré de tout ancrage dans le champ

de l'existence effective, pour passer de l'effectivité à la sphère des pures

possibilités. À partir de là, l'objet central de la phénoménologie est de passer de

la question du sens à la question de l'être , c'est-à-dire de saisir non simplement

les essences, mais les lois eidétiques qui les relient.

Le second aspect central de cette phénoménologie réside dans la doctrine des

états de choses (Sachverhalte) - dont la notion, après avoir été dégagée par

Husserl dans les Recherches logiques , est devenue le point focal de l'intérêt de

Daubert et de Reinach : objectités idéales qui relèvent de la signification,

possèdent la forme catégoriale «être-p de S» et sont les corrélats intentionnels

d'actes de jugement ou de croyance.

Troisièmement, Reinach a désubjectivé et déformalisé l' a priori : ce dernier

n'appartient pas au sujet transcendantal et ne se réduit pas aux seules formes

pures, mais s'étend à toutes les connexions d'essence, c'est-à-dire aux états de

choses fondés sur des essences - qu'il s'agisse d'essences formelles ou

matériales. Aussi la phénoménologie se donne-t-elle pour tâche de fonder les

sciences, en ressaisissant le soubassement eidétique ou a priori qui se trouve à

leur fondement.

De ce programme ambitieux, Reinach n'a eu le temps de réaliser qu'une

infime partie, tout en donnant de nombreuses indications sur la manière de le

faire. Les Fondements a priori du droit civil , traduit par Ronan de Calan (Paris,

Vrin, 2004), puis les textes réunis sous ma responsabilité en traduction française

sous le titre Phénoménologie réaliste (Paris, Vrin, 2012), en ont donné au

lectorat français un substantiel aperçu. L'ensemble des études ici réunies

entend mettre en lumière l'ampleur des intérêts thématiques de Reinach :

redéfinition de la tâche de la phénoménologie et de l' a priori , théorie des

modalités cognitives de l'intentionnalité, de l'espace et du continu, questions

éthiques et doctrine juridique de la propriété.

D. P.

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