Des prisons en France sous l'Occupation

...j'ai été arrêté le 9 janvier 1941 à Thiers. C'est le commissaire de police Philis qui m'a réveillé brutalement vers 6 heures 30. J'étais revenu la veille au soir de Clermont avec des tracts et le secrétaire du commissaire n'a pas mis longtemps à les trouver, d'autant qu'ils étaient fort mal cachés. Il y avait des Humanité, La voix du peuple du Puy-de-Dôme, Les Cahiers du Bolchevisme. J'ai naturellement été emmené au commissariat et l'interrogatoire a duré une grande partie de la journée. Bien entendu j'ai refusé de dire d'où venaient les tracts. Philis voulait m'arracher «les noms de mes complices» mais je lui ai dit que je n'en avais pas. «Madame Planche - la mère de Tonine - est-ce qu'elle ne travaillait pas pour vous?» - «Ce n'est pas sérieux: cette femme âgée et malade, ce serait impossible.» Il n'a pas insisté sur ce point, mais à la fin il m'a joué un tour, ou plutôt je me suis laissé «avoir», stupidement, par fatigue et faiblesse; il devait être quatre ou cinq heures de l'après midi, l'interrogatoire durait depuis huit ou dix heures du matin. Brusquement Philis a dit à la dactylo: «Ajoutez: «j'ai agi ainsi pour le bien de la révolution mondiale.»...»