La bourse ou la ville ! : journal d'un maire gréviste de la faim

Dans un café de la rue de l'Université, le directeur de cabinet du
président de l'Assemblée nationale bavarde avec deux
collaborateurs du maire de Sevran. La discussion est acharnée.
Le cafetier qui n'a pas manqué un mot de la conversation leur déclare,
sourire aux lèvres, au moment où ils sortent de son établissement : «Si
je comprends bien, c'est les accords Gatignon !» Il ne croit pas si bien
dire. Stéphane Gatignon, maire de Sevran, est en grève de la faim depuis
le 9 novembre : il a planté sa tente à côté du Palais-Bourbon, en plein coeur
de Paris. Le début d'un événement important pour la banlieue après
tant et tant de promesses jamais tenues.
Comment en arrive-t-on à faire la grève de la faim pour sauver les
finances de sa commune ? Est-ce un geste de désespoir ou celui d'un édile
en colère qui contraste avec le cynisme du monde politique ?
Cette action, peu ordinaire pour un élu, a été mûrement réfléchie,
nourrie par de longues années militantes contre la ghettoïsation, la
violence et les difficultés économiques d'une ville victime de la
désindustrialisation des années 1980-1990. Son objectif ? Obtenir des
moyens supplémentaires pour les communes les plus pauvres de France,
dont sa ville. Son combat, très relayé par les médias, finit par faire
bouger le gouvernement qui négocie un compromis avec lui dans la
nuit du 14 au 15 novembre 2012, au terme de six jours de grève.
Et puis il y a Sevran. Le laboratoire d'avenir, le centre symbolique de
la mégalopole parisienne, la banlieue ! Gatignon livre ses réflexions
d'homme politique installé de plain-pied dans le XXI<sup>e</sup> siècle, sans manier
la langue de bois, à travers le récit de ces longues journées, rythmées par
les rencontres, les interviewes et... quelques gobelets de thé à la menthe !