Masculinféminin ou Le rêve littéraire de Garcia Lorca

Construites avec des mots et des rythmes, les oeuvres sont faites de rêves et de
chair, elles créent par cet alliage un être nouveau qui a souvent peu de rapport avec
l'auteur. C'est ainsi qu'un fil rouge se déroule entre les lignes, ardent comme le
sang et la vie, insistant comme les rêves, dans l'oeuvre de Federico García Lorca
(1898-1936), tissant peu à peu l'illusion d'une personne-texte singulière. En sa
compagnie nous vivons une expérience inoubliable, celle d'un éprouvé féminin
lancinant et impérieux qui hante, dans son intimité la plus profonde, la substance
masculine mythique des textes. Plus intelligentes, plus hardies et plus fines que
nos civilisations, les créations littéraires inventent des personnages limitrophes et
des territoires corporels et mentaux hybrides qui bouleversent tous les préjugés
et tous les stéréotypes de nos sociétés. Mais les figures imaginaires «impossibles»
qui naissent avec les textes, confondues à leur matière langagière, souffrent de ne
pouvoir vivre librement hors de l'oeuvre qui les recèle. Au secret de cette oeuvre
dont elles font la grandeur, les figures utopiques ne sont pas à l'abri de la vindicte
sociale et morale, elles expriment les désirs et les anxiétés d'une personne-texte
énigmatique et éternelle.