Etudes, n° 403-3

Don Juan a-t-il jamais cherché autre chose que « ce dont les hommes ont toujours rêvé et qui leur est absolument refusé, à savoir : ce qui serait à la fois, en un, la capacité de désirer et celle de vivre la plénitude... » ? Pourtant, il a aussi toujours refusé avec opiniâtreté la voie que le musicien a su emprunter pour réaliser cette coïncidence paradoxale dans le corps sonore de l'oeuvre : décider d'une mesure, c'est-à-dire imposer une limite dans le champ infini des possibles pour engendrer un monde où toutes choses s'appellent et se répondent. C'est ainsi que Don Juan doit son existence à la volonté de forme de Mozart tellement typique de son siècle. Il apparaît dès lors que Don Juan n'est pas l'essence de la musique, mais que la musique est ce qui donne à Don Juan de continuer à vivre parmi nous.