Didon abandonnée de Andrea Sacchi

Elève de l'Albane, Andrea Sacchi (1599-1661)
n'a retrouvé que récemment sa juste place
dans la Rome baroque de la première moitié
du XVII<sup>e</sup> siècle. Sa carrière fut jalonnée
d'importantes commandes : tableaux d'autel
pour les églises romaines et fresques ornant
les palais urbains des grands serviteurs de la
papauté. Dans la querelle du Dessin et de la
Couleur qui agite la vie artistique de la Ville
Eternelle dans les années 1630, Sacchi devient
le porte-étendard des «classiques», partisans
du dessin. Au foisonnement de personnages
et à la fièvre des compositions de Pierre de
Cortone, champion des coloristes, il préfère
une rhétorique gestuelle apaisée et dégagée
de l'anecdote, soutenue par une palette riche
mais refusant la violence des contrastes. Ainsi
Sacchi concentre le rendu des affetti sur la
figure tragique de Didon abandonnée.
Attesté dès 1672 dans l'hôtel parisien de Louis
de La Vrillière, secrétaire d'Etat et mécène,
ce tableau, qui connut de nombreuses
pérégrinations, entraînant des changements
dans son usage et son format, illustre
parfaitement les influences réciproques entre
les milieux romains et bolonais, notamment
celles du Guerchin.