La territorialisation de l'enseignement supérieur et de la recherche : France, Espagne et Portugal

Dans la plupart des pays européens émerge une troisième génération de villes
universitaires, après les centres historiques déjà présents au XIX<sup>e</sup> siècle et les
universités des années soixante. Avec cette troisième génération d'établissements,
les équipements universitaires deviennent un service de proximité dont la
présence ou l'absence peut influer lourdement sur le devenir des villes.
La comparaison de la construction sur le long terme des cartes nationales de
l'enseignement supérieur dans trois pays du sud de l'Europe fait apparaître des
convergences très importantes qui ne doivent rien au hasard et qui s'expliquent
bien par les cycles économiques généraux et les transferts à certaines époques de
modèles d'enseignement supérieur. Des spécificités apparaissent aussi, notamment
dans la période récente qui a vu les trois pays gérer très différemment la
déconcentration des équipements universitaires. L'étude statistique des publications
scientifiques actuelles permet de dessiner une carte de la recherche dont
nous montrons qu'elle traduit bien les évolutions de la carte universitaire et la
territorialisation de l'activité scientifique. Enfin, l'étude des logiques sociales à
l'oeuvre dans les nouveaux établissements en France met en évidence à la fois la
force de ces établissements, dont beaucoup ont dépassé le stade du simple premier
cycle universitaire, et leur grande fragilité dans une situation bloquée par
l'arrêt de la croissance des effectifs et par des politiques nationales restrictives.
Les nombreux entretiens réalisés auprès des enseignants et des responsables
administratifs des établissements nous permettent de comprendre les spécificités
d'un enseignement supérieur de proximité, saisi ici dans une phase particulièrement
tendue de construction incertaine.