Les immunités de responsabilité civile

L'immunité... Le mot est chargé de sens.
De ses origines et de son contact prolongé
avec le droit pénal, il a gardé et conservera
probablement toujours une connotation
péjorative. L'immunité est un passe-droit, qui
place celui qui en bénéficie à l'abri des règles
normalement applicables. Plus précisément
encore, l'immunité est un privilège, une
exemption de charge accordée en considération
de la personne du bénéficiaire et qui
interdit de mettre en cause sa responsabilité.
Rarement employé par les auteurs en matière
de responsabilité civile il y encore dix ans,
le mot était semble-t-il surtout choisi pour
son pouvoir évocateur, pour sa charge symbolique.
L'immunité n'était qu'une façon
commode de décrire l'impossibilité de mettre
en jeu la responsabilité civile de l'auteur
matériel d'un dommage.
L'immunité... Le mot a changé de sens.
Depuis l'arrêt «Costedoat», rendu par la
Cour de cassation en 2000 et empêchant
largement la mise en jeu de la responsabilité
civile du salarié envers les tiers en raison
des dommages causés dans le cadre de ses
fonctions, l'immunité aspire à devenir plus
qu'un mot, une notion. Elle a troqué un peu
de sa charge symbolique contre un embryon
de dimension technique. Incomparablement
plus fréquente sous la plume des auteurs
depuis lors, une immunité de responsabilité
civile apparaît en cours de construction.
Le présent ouvrage, qui contient le texte des
contributions présentées à Amiens le 3 avril
2009 et de quelques autres, a été pensé
comme une enquête expérimentale portant
sur les immunités de responsabilité civile ;
une enquête prudente car novatrice ; une
analyse empirique des hypothèses dans
lesquelles le mot est utilisé, destinée aussi
bien à jeter les bases de ce que pourrait être
une notion d'immunité en matière de responsabilité
civile qu'à contester l'opportunité
de l'avènement d'une telle notion.