Les voyages du spectateur : de l'imaginaire au cinéma

Le cinéma a peut-être été inventé pour faire voir le monde - mais il a surtout
servi à faire rêver des mondes, possibles ou impossibles. Avant lui, la
photographie, la peinture, le théâtre avaient rempli ces fonctions, chacun à
sa façon, et le cinéma leur a repris bien des idées et bien des principes. Mais
en tant qu'outil de l'imaginaire, il a surtout opéré une gigantesque relève de
l'entreprise de fiction telle que l'avait promue la littérature - le film de fiction
devenant au vingtième siècle ce qu'avait été le roman au dix-neuvième.
À travers la projection et le commentaire d'une vingtaine de films, on s'interroge
ici sur ce pouvoir du cinéma de faire lever l'imaginaire. Comment le
cinéma a-t-il réussi à inventer tant de mondes, lui qui semblait condamné à
la reproduction sempiternelle de celui où nous vivons ? Les images du
cinéma suscitent-elles notre imagination, ou ont-elles plutôt tendance à la
bloquer en s'imposant à elle ? Un récit en images est-il foncièrement différent
d'un récit en phrases ? Le film ne s'adresse-t-il pas à notre imaginaire,
aussi, en parlant directement à notre corps ?
Bref : le premier des arts de l'image en mouvement a-t-il renouvelé notre
capacité à imaginer ?