Un pas de deux : clercs et paroissiens en Limousin (vers 1660-1789)

Depuis le début du XX<sup>e</sup> siècle, le Limousin est considéré comme
une province très détachée de la religion et une terre de mission
pour l'Église catholique. Des historiens et des sociologues ont
recherché les racines de cette attitude dans les siècles antérieurs à
l'époque contemporaine. Stéphane Lajaumont a renversé la
perspective et décidé d'examiner sans a priori les relations des clercs
et des fidèles, depuis les années 1660 qui correspondent à
l'achèvement de la mise en place d'une Église conçue sur le modèle
tridentin jusqu'à la Révolution. Empruntant les pistes de la formation
et du discours des prêtres, des transformations de l'espace sacré, des
missions, des processions et des confréries et mobilisant un corpus
de sources primaires d'une ampleur inégalée et souvent inédit - les
sermons des curés limousins notamment -, Stéphane Lajaumont
propose une fine analyse des pratiques pastorales de l'Église. Il
démontre qu'au cours des XVII<sup>e</sup> et XVIII<sup>e</sup> siècles, sous des épiscopats
marqués par l'influence saint-sulpicienne, les prêtres ont inscrit leur
pastorale et le message religieux dans les cadres et les pratiques
communautaires de la société limousine. Grâce à leur art de
l'accommodement, un «pas de deux» fut possible entre clercs et
fidèles. Il dura sans anicroche sérieuse jusqu'aux années 1770,
marquées par des signes d'un détachement religieux perceptible en
Limousin comme dans la quasi-totalité du royaume.