Généalogie et pragmatique : l'homme à l'épreuve de lui-même

Les deux projets philosophiques majeurs de notre époque, la
pragmatique universelle (Habermas) et la généalogie historique (Foucault)
sont soumis ici à l'épreuve de l'anthropobiologie humaine et du langage.
La découverte de l'homme comme animal retardé (néoténique) qui naît un
an trop tôt contraint l'homme au langage pour surmonter sa condition.
Dans le langage, les choses sont pensées aussi vraies que les objets réels
pour arriver à réfléchir (Poulain). Cette dynamique cognitive du vrai nous
assure un jugement d'objectivité. Mais étant donné que l'homme ne peut
se transformer qu'en commun, un jugement de reconnaissance est toujours
nécessaire.
La généalogie de Foucault nous propose un calcul épistémique du
pouvoir-savoir et une ascèse éthique comme réponses aux rapports de
domination. Avec la pragmatique de Habermas, une discussion centrée sur
la loi du meilleur argument peut créer un consensus entre les partenaires
sociaux.
Ils n'ont pas vu que, depuis la mort du dieu leibnizien censé produire
le meilleur des mondes possibles à notre place, mais incapable de se
justifier devant le tremblement de terre de Lisbonne en 1755, l'homme est
mis à l'épreuve de lui-même : c'est à lui de gérer son destin et de juger son
monde. La tentative pragmatique et généalogique , au lieu de libérer la
faculté de juger, la remplace par de tierces instances. Habermas et Foucault
savent que le langage peut transmettre les rapports de pouvoir mais aussi
les stopper. Ils ont simplement oublié que ni l' éthique de la résistance , ni
le consensus social ne peuvent se substituer au jugement des partenaires
sociaux sans dénier leur propre tentative libératrice.