Giambattista Vico : la raison du mythe

Nous assistons depuis quelques années à un retour de Vico à l'horizon de
la pensée contemporaine. Plusieurs ouvrages savants et plusieurs rééditions
critiques d'oeuvres du philosophe napolitain ont marqué récemment ce
regain d'intérêt.
Ce retour en force s'explique tout naturellement par le recul de la pensée
positiviste et néo-positiviste dans notre culture actuelle, depuis que feu
le structuralisme, pensée dominante au cours des années soixante à quatre-vingt-dix
du XX<sup>e</sup> siècle, a montré ses limites et n'est plus à la mode. Vico, en
effet, que nous pouvons considérer comme le fondateur non seulement de
l'histoire moderne mais aussi de la philosophie et de la culture romantiques,
est par excellence le critique du cartésianisme du XVII<sup>e</sup> et de la pensée des
Lumières du XVIII<sup>e</sup> siècle, et surtout du positivisme historique à venir. Il est
donc logique et naturel que, depuis la fin du XX<sup>e</sup> siècle, une nouvelle génération
de penseurs retourne à Vico après avoir hérité des antipositivistes que
sont, après Bergson, les phénoménologues (en particulier, Merleau-Ponty),
Paul Ricoeur et Emmanuel Lévinas. C'est principalement la linguistique et la
poétique et, plus généralement l'histoire et les sciences humaines dont Vico
peut être considéré comme le fondateur, qui bénéficient actuellement de ce
retour aux sources vichiennes de la science du langage, de la morale et de
la politique. Autrement dit, à la critique de la raison mythologique. D'où le
titre du livre de Jacques Chabot : Giambattista Vico ou la raison du mythe.
L'auteur s'attache à nous montrer que la contribution la plus essentielle de
Vico à la science moderne de l'histoire et aux sciences humaines réside dans
sa découverte des mythes conçus comme formes symboliques de la raison pratique
qui informent à l'origine poétiquement et raisonnablement toutes les
institutions de l'humanité et toute civilisation.
Dans l'esprit même de la collection "Les Ecritures du Sud" (Edisud), Jacques
Chabot - il y a déjà publié en 2003 un Albert Camus, "la pensée de Midi" -
entend mettre à la portée d'un public cultivé de non spécialistes la difficile
pensée de Vico en faisant un travail d'honnête vulgarisation. Comme il s'agit
d'un "écrivain du Sud", il souligne aussi le caractère propre de la pensée
du philosophe napolitain en l'inscrivant dans la continuité de l'humanisme
gréco-latin qui se perpétue après lui dans un humanisme romantique et méditerranéen,
sensiblement différent du romantisme allemand qui l'a longtemps
occulté. Et dans le même esprit de cette collection, à la différence des
ouvrages scientifiques récents exclusivement consacrés à Vico lui-même,
Jacques Chabot s'efforce de l'actualiser en mettant sa philosophie en relation
avec les grands courant de la pensée contemporaine.