Revue française de phénoménologie et de psychanalyse, n° 2016. Psychanalyse, vieillesse et société : actes de la journée d'études et de recherches de l'Association des psychologues cliniciens de Lille 3

Ceux qui vieillissent font aujourd'hui l'objet d'un glissement hors du champ
symbolique, car ils dérogent aux valeurs centrales de modernité : la jeunesse, la
séduction, la vitalité, le travail. Synonyme de déclin, de dégradation, de corps
déchu et de grande dépendance, la vieillesse peut être considérée comme une
période particulièrement singulière et éprouvante qui propulse, de façon lente
et inéluctable, l'être humain vers les limites de son existence. La problématique
qui s'exprime dans le grand âge est essentiellement liée à cette rencontre avec
le réel, au travers des pertes qui se succèdent, de la mise à l'écart du théâtre
social et de la présence de l'Autre qui se fait, dans nos sociétés occidentales,
de plus en plus rare au fur et à mesure que l'horizon temporel se rétrécit. La
psychanalyse a longtemps tardé à s'intéresser au grand âge, se centrant sur
l'enfance, probablement parce qu'elle est censée offrir le point d'ancrage des
principales formations psychiques de l'adulte. Or, en tant que théorie du désir,
qui lui ne vieillit pas, la psychanalyse des personnes vieillissantes a beaucoup
à nous apprendre sur la conflictualité des pulsions aux prises avec le discours
social et sur la pluralité des positions subjectives qui en découlent.
Rosa Caron