Magie et sorcellerie en Espagne au siècle des lumières : 1700-1820

L'histoire de la sorcellerie et de sa répression en Europe permet de
mieux cerner la spécificité espagnole depuis le Moyen Âge jusqu'au XVIII<sup>e</sup>
siècle. L'originalité hispanique repose sur une relative mansuétude du Saint-Office
par rapport aux autres pays d'Europe qui ne s'est démentie qu'au procès
de Logroño de 1610 qui a débouché, paradoxalement, sur une législation
d'avant-garde.
L'analyse des différentes pratiques magiques retranscrites dans les procès
d'Inquisition en Espagne entre 1700 et 1820 permet de mesurer la part
de l'héritage converso et morisque, de la délinquance gitane, la participation
d'étrangers. Ainsi, nous nous sommes intéressée aux délits relatifs à la
santé : guérisseurs - curanderos, saludadores et sabios -, à l'argent avec les
chercheurs de trésors, particulièrement actifs dans une Espagne marquée par
le souvenir de l'expulsion des Morisques. Le domaine de l'amour et du sexe
traités par la magie tient une place importante dans les pratiques recensées.
Enfin, des croyances pittoresques perdurent, telles la possibilité d'agir sur les
éléments, obtenir l'invisibilité, se déplacer dans les airs, etc. Les manuscrits
inquisitoriaux laissent entrevoir un pan de la vie des classes populaires à travers
des témoignages d'autant plus précieux que cette catégorie de la population
avait peu l'occasion de révéler ses conditions d'existence. La naïveté
de certaines des croyances dans la magie comme solution aux difficultés du
quotidien apparaît de façon crue et atteste de la survivance de pratiques
magiques répandues et de leur répression par le Saint-Office dans l'Espagne
des Lumières.