Philosophie, n° 108. La question de la Lebenswelt

Philosophie, n° 108. La question de la Lebenswelt

Philosophie, n° 108. La question de la Lebenswelt
Éditeur: Minuit
201195 pagesISBN 9782707321497
Format: BrochéLangue : Français

Une polémique récente a porté sur l'engagement nazi de Heidegger. Ce

numéro livre un témoignage majeur : la traduction par P. David d'un texte de

Walter Biemel, qui vint à Fribourg de 1942 à 1944 pour assister aux cours et

participer aux séminaires de Heidegger. Il y décrit la manière dont se déroulaient

les enseignements de Heidegger, et caractérise leur esprit : loin de toute

glorification idéologique du régime, on saisit comment Heidegger tâchait

d'amener les étudiants à pénétrer au coeur de la pensée des auteurs et à la resituer

dans l'histoire de la métaphysique.

La suite est tout entière consacrée à la notion de Lebenswelt (monde de

la vie), dont les auteurs tentent de retracer l'émergence chez Dilthey et de

suivre la thématisation chez Husserl, puis la réappropriation par Heidegger et

Scheler. Ce dossier s'ouvre avec la traduction, par J. Farges, d'un texte tardif

de Husserl intitulé «Histoire et souvenir», et se poursuit par un article du

traducteur intitulé «Monde de la vie et primordialité chez Husserl», où il

tente de cerner les ambiguïtés de l'esthétique transcendantale de Husserl et

de trancher la question de savoir si le monde de la vie husserlien se laisse identifier

à un monde primordial. À cette fin, il analyse la redéfinition par Husserl

des tâches de l'esthétique transcendantale et, en dégageant la différence centrale

entre originalité et originarité , montre que jamais Husserl n'a identifié

Lebenswelt et monde primordial - le monde de la vie étant toujours caractérisé

par son intuitivité concrète, aux antipodes de l'abstraction constitutive de

toute primordialité.

Suit un texte de L. Perreau intitulé «Alfred Schütz et le problème du

monde de la vie». Ce disciple de Husserl ayant déployé une analyse phénoménologique

des structures du monde social, il est tentant de présenter son

projet comme étant celui d'une théorie du monde de la vie développée à partir

de l'attitude naturelle. L. Perreau corrige cette présentation, en distinguant

les diverses déterminations conceptuelles de la Lebenswelt dans la

pensée de Schütz : socialité mondaine, fondement ontologique, réalité primordiale

et horizon des contextes de sens.

Dans «Scheler et la question du monde de la vie», A. François montre

que l'on trouve chez Scheler non simplement une absence, mais une résistance

à cette question husserlienne, et tente d'en saisir les raisons : elle tient à

la conception même qu'a Scheler de la phénoménologie et de la nature de la

réduction phénoménologique.

Si l'expression Lebenswelt n'appartient pas à la conceptualité de Dilthey,

sa philosophie de la vie en conçoit cependant l'essentielle mobilité en

l'articulant à la diversité des mondes historiques. Aussi J.-C. Gens montre-t-il,

dans «L'herméneutique diltheyenne des mondes de la vie», que tout

monde est monde de la vie , vu qu'il en est une expression historique et qu'il

n'est donné que dans le vécu d'une conscience vivante.

Enfin, S. Jollivet s'efforce de cerner les «Enjeux et limites du retour au

monde de la vie chez le jeune Heidegger» : cette notion possède chez lui une

fonction centrale, car elle lui permet d'approfondir la dimension mondaine

de «l'expérience vécue» ( Erlebnis ), mise à l'honneur par Dilthey ; mais, soucieux

de dépsychologiser les analyses de ce dernier, il s'attelle à une déconstruction

du problème du vécu, allant jusqu'à abandonner cette notion au profit

de celle d'«être-au-monde», puis de « Dasein ».

D. P.

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