Evasion à perpétuité

Margaux contemplait la mer, l'étendue
de sa confession abreuvait ce qui naissait en
elle. Une voix mourante, quelque part
autour d'elle, s'amusait de ses tentations, de
la fureur soudaine des vagues et du vent.
«Je vois la main d'Émile dans chaque
tremblement, dans chaque frisson du temps,
dans le frémissement de chaque instant. Ô
ses fleurs d'indulgence et le Hêtre des années
d'avant. Je comprends que la chose la plus
infime porte son nom.»
Margaux avait couru de hardes en
richesses jusqu'à cette nuit où la chaleur d'un
songe l'avait éveillée dans l'éclat d'une
lumière hivernale. Absorbée par des siècles
de solitude qui se fondaient dans l'espace,
elle retrouvait l'innocence gravée dans les
visages de l'oubli. Penchée au bastingage,
elle entendait les pas d'Émile qui allait et
venait comme le flux et le reflux de la mer.
«Je me retourne, et parfois il est là, et
d'autres fois, il y a seulement moi.»
Margaux rentrait chez elle. Suspendue
aux cordes des nuages, elle se balançait entre
hier et aujourd'hui, comme les goélands
fendant le ciel, comme le frémissement de
chaque instant.