Les grands ensembles : des discours utopiques aux quartiers sensibles

La presse et la télévision évoquent chaque jour les difficultés de ce
qu'on appelle pudiquement «les cités» ou «les quartiers» de banlieue.
Pourtant, ces «grands ensembles» de logements, puisqu'on les
dénommait ainsi lors de leur construction, faisaient l'objet d'un consensus
de la part des architectes et des urbanistes, des élus et des politiques,
et même de l'opinion. Ils étaient l'application des théories du «mouvement
moderne» inscrites dans la Charte d'Athènes. Ils ont offert à leurs premiers
occupants (des jeunes ménages avec enfants de revenus moyens) un
espace et un confort dont on disposait rarement ailleurs.
Mais leur occupation a changé. Les plus aisés sont devenus propriétaires
d'une maison. Les plus pauvres sont restés, rejoints par d'autres
pauvres (souvent des étrangers). Ces grands ensembles sont aujourd'hui
des enclaves dans la ville. Leurs habitants se sentent exclus. Beaucoup
de jeunes recourent à des trafics (de drogue et autres) et à la violence,
voire à des émeutes.
Ce sont les quartiers sensibles, dont la politique «de la ville» n'arrive
ni à intégrer les habitants, ni à améliorer le cadre. Pour y parvenir, il faudra
beaucoup d'efforts, de l'argent, du temps et surtout un immense effort
de solidarité.
Tout est donc encore possible : c'est ce que s'attache à démontrer
cet ouvrage passionnant.