Madrid : petite ville de l'islam médiéval (IXe-XXIe siècles)

Madrid naît au milieu du IX<sup>e</sup> siècle, fruit de la volonté du prince
omeyyade de Cordoue Muhammad I<sup>er</sup> : vers 860, l'émir décide de
fonder une fortification aux confins septentrionaux de son État
sous le nom de Magrit, «là où l'eau abonde». Magrit fut une petite ville fortifiée
de quatre hectares, auxquels s'ajoutaient des noyaux d'habitat ouverts et
dispersés autour de l'enceinte. Elle était peuplée d'artisans, célèbres pour
leur travail de l'argile, de paysans, mais aussi de savants et de fonctionnaires,
le gouverneur et le cadi, qui représentaient la cour omeyyade et veillaient à
la bonne marche des affaires urbaines. Après la conquête de Magrit par les
Castillans en 1085, la ville conserve de ses origines islamiques son nom, qui
devient Magerit, puis Madrid, et elle maintient le principal axe de circulation
de la petite ville omeyyade, la grand'rue de Magrit formant aujourd'hui la
partie finale de la Calle Mayor madrilène. Au bout de celle-ci, se dresse la
cathédrale de la Almudena, dont le nom perpétue la mémoire d'un terme
arabe, al-mudayna , la citadelle.
À partir des sources textuelles et archéologiques, cet ouvrage s'efforce de
suivre le chemin parcouru par Magrit depuis sa fondation jusqu'à nos jours :
pour comprendre la genèse de la ville, il faut revenir vers le site qui l'accueille,
le nom qu'elle reçoit et l'homme qui décide de la faire édifier. Pour saisir le
fonctionnement de la ville, il faut se tourner vers ses territoires, nourricier
et administratif, et vers les espaces avec lesquels elle est en contact, celui du
Même et celui de l'Autre. L'histoire de Magrit au-delà du XI<sup>e</sup> siècle est celle
des mudéjars et des morisques, celle d'un vif intérêt autour des origines de la
ville choisie par Philippe II pour être la résidence de sa cour, celle d'un legs
islamique dont la reconnaissance patrimoniale peine encore parfois, en ce
début de XXI<sup>e</sup> siècle, à se faire entendre.