Le prince du Mékong

Le prince du Mékong
En 1945, le Viêt Minh se présentait comme un front regroupant tous les
partis nationalistes en lutte contre les Français pour obtenir l'indépendance
du Viêt Nam. Il était dirigé en sous-main par le parti communiste
indochinois et par un certain Ho Chi Minh.
« La jeep pénétra dans My Chành. Elle fit demi-tour en face de la maison
communale et stoppa. Chandoz sauta à terre et appela l'édile de toutes ses
forces, à s'en faire éclater les poumons. Ông Loc sortit précipitamment de
sa cagna, l'air hébété. D'autres villageois, ameutés par les vociférations
de l'adjudant-chef, s'agglutinaient petit à petit derrière le chef du village.
Chandoz fit un signe à Thao qui lui passa un lourd sac de jute. Les
deux autres s'étaient dressés et pointaient leur mitraillette sur les nhà quê.
Il vida le sac et plusieurs têtes roulèrent dans la poussière. Il y eut un
brusque mouvement de recul dans la population.
- Ong Loc, je vous ramène les restes de quelques-uns de vos chers amis
Viêt Minh que vous protégez si bien. À la prochaine attaque du poste, c'est
votre tête qui sautera et toutes celles des villageois qui pensent comme
vous. Ne m'obligez pas à revenir.
Sur ces paroles, il remonta dans son véhicule qui démarra en trombe.
Phat et Ben tirèrent quelques rafales au-dessus des têtes pour impressionner
la populace. »
Ce dernier volet d'une trilogie démarrée avec Entre les neuf bouches du
dragon et Les maîtres de la Cité pourpre s'attache là encore surtout, sur
fond historique, à décrire la vie quotidienne d'une famille vietnamienne,
avec ses croyances, ses rites (naissance, mariage, mort, construction d'une
maison, d'un tombeau...), ses superstitions, toutes ces traditions si vivaces
encore dans la campagne, et sa capacité à s'adapter, parfois difficilement, à
toute nouvelle situation.