Paris et Londres en miroir : lettres de voyage : extraits du Babillard de Jean-Jacques Rutlidge

Ces Lettres de voyage publiées par Rutlidge à la fin des années 1770 constituent un essai
particulièrement réussi de son périodique Le Babillard. Elles éclairent l'itinéraire de cet écrivain
original des secondes Lumières, qui a participé à quelques-uns des grands débats intellectuels de
son époque avant de s'engager, en moraliste éclairé, dans le républicanisme libéral de la période
révolutionnaire. Le tableau parallèle de Londres et de Paris que deux jeunes voyageurs envoient
au Babillard plonge le lecteur au coeur de la société des villes, de ses intérêts et de ses chimères.
En «spectateur moral et politique», l'auteur croise le regard et la parole de ses correspondants
qui dialoguent avec les étrangers, discutent des opinions et des modes, notent les disparités et
les ressemblances. Médiateur engagé des deux cultures, anglaise et française, ouvert aux idées
et à l'esthétique modernes, Rutlidge garde ainsi une distance critique et observe avec ironie la
société et les moeurs. Les essais sur la langue, la littérature et le théâtre vivant font écho aux
controverses du temps. Des promenades publiques aux divers lieux de la sociabilité culturelle, le
récit mêle critique littéraire et réflexion sociale sur les thèmes à l'ordre du jour : sur le peuple et
l'espace urbain, sur le patriotisme et l'esprit public, sur les pratiques contrastées de l'éloquence en
France et en Angleterre. L'échange épistolaire est comme une métaphore de la vertu du commerce
culturel pour détruire les préjugés réciproques et apprendre aux peuples à se connaître. Publiées
dans le contexte de la guerre d'Indépendance des colonies d'Amérique, ces Lettres invitent à la
réflexion politique sur le rapport de la liberté et des moeurs. En contrepoint de la vanité des titres
et des modes, elles suggèrent un modèle pour l'avenir, l'image d'un peuple libre promu à une
dignité nouvelle.