Déraciné : sous la poussière de mes chaussures, l'espoir

Déraciné
Le fils d'« el Rojo » revient !
Ils sont tous là quand nous débouchons sur la place. Mon village m'a attendu, figé et fidèle, tel qu'il était resté présent dans mes souvenirs.
Ce n'était pas ma guerre, mais j'étais tout de même dans le camp des vaincus. J'avais trois ans, l'âge de l'innocence et des culottes courtes et pourtant...
En ont-elles parcouru des kilomètres, mes gambilles de sauterelle !
C'était en 1939. La guerre civile espagnole brisait les corps, les vies et jetait des fantômes dans la poussière des chemins de l'exode.
S'arracher à sa terre et aux siens !
Etions-nous moins Espagnols que ceux qui nous chassaient ?
Avec réticence, la France nous a entrouvert ses portes. Alors, les dents serrées et sans espoir de retour, j'ai choisi de m'intégrer. Mais que d'humiliations et de galères ! Etait-ce le prix à payer pour devenir un vrai petit Français ?
Les épreuves brisent les êtres ou les rendent plus forts. Quelle place allait me réserver ma nouvelle patrie ?
Qui allait survivre, Gregorio ou Grégoire ?