Le chien de Tiepolo : poème à Camille Pissaro

Le Chien de Tiepolo est une oeuvre narrative qui raconte la
quête spirituelle de deux hommes des Caraïbes.
Camille Pissaro, un Juif séfarade né en 1830, quitte son
île natale, Saint-Thomas, pour suivre sa vocation de
peintre à Paris, tandis que le poète lui-même languit de
redécouvrir un détail - «une touche de rose à l'intérieur
de la cuisse/d'un chien blanc» - d'un tableau vénitien
repéré lors d'une première visite à New York.
Ces deux voyages nous entraînent dans une Europe
dont le passé poursuit le peintre et le poète, à la recherche
d'un lien entre le paysage perdu de l'enfance et celui,
mythique, de l'empire.
Ce long poème est à la fois une biographie spirituelle du
grand peintre dans l'exil, une histoire en vers de la peinture
impressionniste et le témoignage du poète et de son
désir de capter le monde visuel au-delà des mots.
Réveillé par le silence, il reste allongé immobile.
Les clameurs de la rue se sont tues, étouffées. Il sait
qu'il s'agit sans doute de la tempête de neige que tout le monde
annonçait, recouvrant de fourrure les grilles de l'avenue.
Il se lève. Le ciel répand ses flocons comme un gros oreiller
recouvrant de ses plumes la ville de son enfance, le miracle
oublié de la neige. Il sent tressaillir son âme perdue
tandis que la blancheur de l'innocence tapisse la fenêtre
comme un apprêt sur une surface à peindre. La neige épaissit
sur le rebord de la fenêtre à une vitesse étonnante, et bientôt
Paris n'est plus qu'une toile vierge. Dans son ciel rien ne bouge.
Il s'habille, sort précipitamment, et marche dans ce prodige.