Si peu d'humanité : récits de vie d'un humanitaire en Afrique

Je regarde par les vitres du taxi les rues
désertes de Lyon, les lumières sur le Rhône. Des
panneaux familiers, des lieux connus - Genève,
Grenoble, Chambéry, Annecy -, je suis presque
chez moi, mes montagnes ne sont pas loin.
Loin, j'y retourne.
Le type qui conduit, affable, m'interroge :
- Terminal 1 ou 2, Monsieur ?
- Vol Bruxelles, lignes internationales.
- Dans quel pays allez-vous ?
Je me surprends à répondre : «Au Soudan,
pour une mission humanitaire de protection et
d'assistance aux réfugiés.»
Le Soudan !
Il y a un mois encore, je n'aurais pu dire trois
mots sur ce pays et son histoire, si ce n'est
des banalités d'usage, stéréotypes idiots en
décalage absolu avec la réalité que je vais vivre.
Etrange de m'entendre raconter à ce chauffeur
de taxi - cinq heures du matin - une réalité qui,
il y a peu encore, m'était totalement inconnue.
Etrange de réaliser que c'est moi qui, ce trois
janvier à l'aube, m'en vais vers une aventure
humaine et professionnelle de forte intensité
sur mon échelle émotionnelle.