Bourouchaskiana : actes du Colloque sur le bourouchaski

Le bourouchaski est une langue bien intéressante : sans parenté démontrée,
elle constitue un isolat parlé par seulement quelques dizaines de milliers de
locuteurs dans l'extrême nord du Pakistan. Le livre que voici commence par une
rapide présentation du système phonologique du bourouchaski et des symboles
utilisés pour leur transcription (É. Tiffou : pp. 7-11). Il s'achève par un
panorama des travaux actuellement disponibles et un catalogue des recherches
prioritaires futures (É. Tiffou : pp. 97-109) - parenté du bourouchaski, corpus
disponibles, phonologie et morphologie, syntaxe, vocabulaire et lexicographie,
typologie, linguistique du texte et pragmatique. Quatre études constituent le
coeur du volume : chacune d'elles a fait l'objet d'une communication au
Colloque tenu à Montréal en 2002, dans le cadre du XXXVI<sup>e</sup> Congrès
international sur les Études asiatiques et nord-africaines, et qui était consacré au
bourouchaski. H. Berger (pp. 13-16) s'attache à montrer que la phonologie et la
morphologie du bourouchaski suivent une évolution contraire à celle que l'on
croit discerner dans la plupart des autres langues. Alors que ces dernières
tendent à la simplification, le bourouchaski irait, au contraire, dans le sens d'une
complexification croissante. E. Bashir (pp. 17-62) s'efforce de mieux
comprendre la difficile fonction du préfixe d - en bourouchaski. Adoptant une
approche cognitive, elle conclut qu'il est impossible de ramener les diverses
fonctions de ce morphème à une valeur unique. C'est à la syntaxe que
s'intéressent É. Tiffou et Y. Morin (pp. 63-81), en étudiant le bénéfactif du
bourouchaski. Grâce à une classification systématique des diverses
constructions, ces auteurs s'efforcent de tracer une ligne de démarcation entre
causation et bénéfaction. Le résultat est la mise en évidence de certaines
tendances, bien qu'il ne soit pas facile de trouver un clivage parfaitement clair.
H. van Skyhawk, enfin (pp. 83-96), offre une approche sociolinguistique du
bourouchaski. Il montre les contraintes dialectales et religieuses auxquelles sont
confrontés les auteurs d'une pièce radiophonique : ils doivent se faire
comprendre par des personnes qui non seulement parlent des dialectes
bourouchos différents, mais pratiquent de plus des formes variées de religion
(chiites, ismaéliens et sunnites).