Le village

«Il était né dans un pays où l'on compte plus de cent millions
d'illettrés. Il avait grandi dans le Noir Faubourg où, jusqu'aujourd'hui,
l'on voit encore des combats de boxe qui se terminent par mort
d'homme. Il n'avait eu sous les yeux dans son enfance, que saleté
et ivrognerie, paresse et ennui... Il n'avait retenu de ce temps
qu'une seule impression poétique : les ombrages du cimetière, le
pacage sur la montée, derrière le Faubourg, puis, au delà,
l'immensité, le brûlant mirage de la steppe.»
Paru en 1909, Le Village , premier roman d'Ivan Bounine, fut
accueilli avec fièvre. On y découvrait une société paysanne féroce,
bien éloignée des descriptions du «moujik» vertueux, épris de
nature et de belles traditions.
À travers la saga de deux frères, Tikhon et Kouzma, Ivan Bounine
nous entraîne au plus profond d'une âme russe hantée par de
sombres desseins.
Servi par une intime connaissance de son pays, une lucidité
implacable, un amour nostalgique de la terre, et surtout l'immense
talent sobre, dense et précis de son auteur, Le Village est un
poème noir et envoûtant. Il a suscité de grandes admirations
comme celle d'André Gide qui a vu dans ce livre «l'ouvrage le plus
puissant de la littérature russe du XX<sup>e</sup> siècle».