Le mythe des villes maudites : entropie et fiction au XXe siècle

L'influence de la Bible sur la représentation urbaine en littérature est essentielle : au XIX<sup>e</sup> siècle, la condamnation romanesque de l'asservissement des masses laborieuses se soutient d'intertextes bibliques qui ont alors gardé toute leur portée morale chez Balzac, Dickens, Dreiser et Zola. Qu'en est-il du XX<sup>e</sup> siècle ? Les écrivains athées persistent à s'inspirer des antiques cités de Babylone ou même de Sodome et Gomorrhe. Cependant, l'énergie du mal circule dans ces romans urbains de manière a-morale pour épouser au mieux la modernité et l'incroyable mouvement des grandes capitales comme New York, Paris, Londres et plus tard Los Angeles.
L'apocalypse toujours à l'horizon devient un formidable catalyseur de la création littéraire, dont ce livre témoigne de manière érudite. La notion scientifique d'entropie y devient le principe neutre et poétique de la malédiction biblique de la ville ainsi que le fil rouge des fictions anglaises, américaines et françaises du XX<sup>e</sup> siècle. Les grands auteurs analysés dans ce travail (Proust, Joyce, Dos Passos, Céline, Allen Ginsberg, Henry Miller, William Burroughs, Butor, Duras, Thomas Pynchon, Bret Easton Ellis, etc) explorent de nouvelles formes romanesques infiniment modulables.
La crise de la représentation urbaine a su produire un retour réflexif sur les outils romanesques. La ville maudite livre sa « part du feu » pour le plus grand bonheur du critique littéraire.