Mallarmésis : mythopoétique de Stéphane Mallarmé

Mallarmé, qui se rend compte de la contingence de la Notion une fois
qu'elle se met en contact avec le langage, et pour qui la littérature et
la pensée sont inséparables, a inventé une nouvelle approche
mythologique au langage. Celle-ci récupère l'ancien système des
ressemblances où le mot était l'équivalent de son concept. Pourtant,
cette approche, «mythopoétique» - une production négative de mythes
qui est symptomatique de l'histoire de l'esthétique occidentale -
réussit par son échec mimétique même à reproduire une homogénéité
au niveau de la forme. Nous démontrons, par des analyses de textes
«linguistiques» et «critiques» comme les Notes sur le langage et Le
mystère dans les lettres , de proses et de poèmes comme Igitur , les
Divagations, Épouser la Notion , le Sonnet en X et Un Coup de Dés , et
à partir de phénomènes contemporains, qu'il ne s'agit pas tant de l'art
imitant la nature ou vice versa, mais plutôt de la répétition de la
production de la nature et de la «nature» d'un langage qui crée des
mythes. Les nouvelles ressemblances de cette poétique sont donc
doublement mimétiques, à la fois imitant et devenant nature. C'est une
poétique qui reflète les découvertes en linguistique au dix-neuvième
siècle, comme chez Müller, pour qui «le langage est le travail de la
nature», mais qui avant tout se situe inéluctablement dans les trous de
la pensée occidentale. Elle exige un travail qui tient compte de son
devenir comme constitué épistémologiquement.