Les Trois Gros

Les Trois Gros
Éditeur: Age d'homme
2005177 pagesISBN 9782825112243
Format: BrochéLangue : Français

«J'ai écrit ce livre quand j'étais tout jeune, à l'imprimerie du journal où

je travaillais, dans un minuscule box que je partageais avec Ilf. J'écrivais

couché par terre, sur un gros rouleau de papier typo. Il roulait sur moi, je le

retenais d'une main... de l'autre j'écrivais. C'était très amusant...»

De sa genèse turbulente, le conte des Trois Gros tire sans doute sa fraîcheur

naïve autant qu'espiègle. À la terrible et triple figure de l'ogre retranché en

son palais, prêt à engloutir le monde entier quand ses sujets croupissent dans

la misère, s'opposent une galerie de doubles grotesques ou facétieux, depuis

Souok, la petite acrobate transformée en poupée, jusqu'au savant et courageux

docteur Arniéri dont le reflet ridicule prend les traits d'un pitoyable professeur

de danse, le sieur Hun de Troie. Au pays des Trois Gros, les révolutionnaires

ont des crinières de lion, les funambules changent de peau, les marchands

de ballon se métamorphosent en gâteau à la crème ou tête de chou, les

traîtres inventeurs en créatures velues. Même les ponts de fer, tels de gros

chats, font le gros dos par-dessus la rivière. Seul au milieu de ce monde

bruyant et carnavalesque, le petit prince héritier cherche à percevoir les battements

de son coeur de fer...

Achevé en 1924, Les Trois Gros est le vrai premier roman de Iouri Olécha

(1899-1960), le célèbre auteur de L'Envie. Si le dessein premier de l'écrivain

était de «révolutionner le conte», il apparaît fort heureusement que c'est le

conte qui, sous sa plume, porte la révolution dans le roman. Dans les contes,

les enfants se jouent toujours des ogres, les pauvresses deviennent reines et

les petits tailleurs terrassent les géants. Tous ces personnages sont bien ici au

rendez-vous, mais pour affronter de nouvelles créatures qui fort heureusement,

on le sait, n'existent qu'au pays des fées : gendarmes pétris de bêtise et

de brutalité, agents provocateurs, bourgeoises égoïstes, artistes et intellectuels

rangés au parti des tyrans. Champion de la métaphore, Olécha s'en donne à

coeur joie, et d'emblée, en un feu d'artifice d'images insensées, trouve ce que

le conte partage avec la révolution : ce formidable et simple pouvoir de faire

tomber les masques.

Paul Lequesne

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