Le mythe de l'identité nationale

Que signifie être «Français» ? Cette notion implique souvent
l'idée selon laquelle le «vrai» Français, «de souche», serait un
«Gaulois» de race blanche dont les traditions, ancrées dans un
«terroir», se perdraient dans la nuit des temps.
C'est dans le domaine de l'anthropologie, ou dans ses marges,
entre 1870 et 1945, que se sont élaborées les théories les plus sophistiquées
de l'identité nationale. D'un côté, l'anthropologie
physique, cherchant à mesurer et à classer les hommes, n'a pas su
éviter la question de la «pureté» de la «race française». De
l'autre, l'étude du folklore, visant à recueillir les survivances de traditions
paysannes ou artisanales en déclin, a exclu de fait celles de
bon nombre de Français qui n'étaient pas «de souche».
Une conception figée de l'identité nationale atteignit son paroxysme
avec l'Occupation et le régime de Vichy, mais on la trouve
aussi jusque chez les anthropologues antiracistes de l'entre-deux-guerres
et les folkloristes du Front populaire.
L'auteur retrace la genèse du récit mythique qui a imprégné la
communauté scientifique française. Par un curieux effet d'inertie
ce mythe, aujourd'hui abandonné par les anthropologues qui ont
fait depuis un demi-siècle leur autocritique, est toujours présent
dans les mentalités et d'actualité dans la sphère médiatico-politique.
Cet ouvrage s'adresse donc, au-delà du cercle des spécialistes
de l'histoire des sciences sociales, à tous ceux qui s'intéressent aux
débats actuels sur les questions «d'identité».