Un village sarde contemporain : pouvoirs et contrepouvoirs

Dans les quartiers et villages pauvres, bien avant la manifestation de différentes
formes de résistance sociale et d'indignation, il y a des luttes plus discrètes autour
des ressources locales. C'est à ces luttes au quotidien que s'intéresse ce livre. En
reconstituant les transformations sociales dans le milieu agricole d'un village
sarde dans la deuxième moitié du 20<sup>ème</sup> siècle, Andrea Tribess met en relief deux
réseaux en concurrence autour des terres agricoles : d'une part un réseau d'éleveurs
entretenant des liens personnels avec les notables terriens, d'autre part un réseau
composé d'éleveurs autonomes s'associant entre eux de façon informelle. Alors que
les notables et leurs associés bénéficient d'atouts institutionnels incontestables, c'est
loin d'être le cas des villageois autonomes. Pourtant, ces derniers parviennent eux
aussi à des résultats économiques remarquables : l'un d'entre eux figurant parmi les
meilleurs éleveurs du village a gagné un prix au salon international de l'agriculture
à Paris en 1990...
Grâce à la combinaison de différentes approches, l'ouvrage va peu à peu résoudre
ce paradoxe de la réussite des éleveurs autonomes qui en l'absence d'inscriptions
institutionnelles parviennent à s'affirmer économiquement à l'encontre de la toute-puissance
des notables.
Loin de se cantonner à une problématique rurale ou méditerranéenne, Andrea
Tribess en tire des enseignements plus généraux. La comparaison avec les recherches
en anthropologie urbaine montre en effet que les enjeux de pouvoir qui régissent un
village sarde dans la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle ressemblent à maints égards à
ceux des quartiers populaires urbains.