Histoire du surréalisme sous l'Occupation : Les Réverbères, La Main à plume

Dans l'histoire du surréalisme, une période pourtant crucialé était jusqu'alors
passée sous silence : la survie du mouvement dans l'Europe
occupée de 1940 à 1945. Avec deux ou trois amis fidèles issus comme
eux des Réverbères (1938-1939), Noël Arnaud et Jean-François Chabrun
vont s'attacher patiemment à réunir les forces vives du surréalisme,
dispersées par la débâcle.
Cette entreprise et son parti pris de maintenir une ligne théorique
de stricte obédience bretonienne n'iront pas sans accrochages,
condamnations, voire ruptures : tour à tour Paul Eluard, Georges
Hugnet, Marc Patin seront exclus de la Main à Plume. Le véritable
bilan de la Main à Plume , sans compter les périls quotidiens que représentent
l'existence d'un groupe et son activité publique, se compose
d'une dizaine de publications collectives, d'une trentaine de plaquettes
individuelles - dont Poésie et Vérité 1942 d'Eluard où paraît, pour la
première fois, le célèbre poème «Liberté» - mais aussi d'une omniprésence
combative qui vaudra à huit membres du groupe de périr
sous les balles ou dans les bagnes nazis.
Au fil des années noires de l'Occupation, la Main à Plume affermira
son unité et renforcera son orthodoxie ; elle étendra son audience
progressivement jusqu'au vaste rassemblement du Surréalisme Encore
et Toujours (août 1943). Dans cette publication, les grands maîtres de
la plastique surréaliste restés en France, Dominguez, Hérold, Brauner,
côtoient Picasso, très proche de la Main à Plume et qui l'appuie
résolument, et des personnalités aussi diverses que les surréalistes
belges, ou Maurice Blanchard, Léo Malet, André Stil, etc.
André Breton, dont le groupe vient d'assurer l'intérim avec la
rigueur et la foi exemplaires des jeunes gens de vingt ans, peut rentrer
des États-Unis alors que les premiers soldats américains repartent
d'Europe.