Mémoire et identité : conversations au passage entre deux millénaires

Il m'a été donné de faire l'expérience personnelle des
«idéologies du mal». C'est une chose qui ne peut s'effacer de
ma mémoire. Ce fut tout d'abord le nazisme. Ce que l'on
pouvait voir en ces années-là était quelque chose de
terrible. À ce moment, pourtant, beaucoup d'aspects du
nazisme demeuraient encore cachés. La véritable dimension
du mal qui se déchaînait en Europe ne fut pas perçue
de tous, ni même de ceux d'entre nous qui étaient au centre
de ce tourbillon. Nous vivions plongés dans une grande
éruption de mal et ce n'est que peu à peu que nous avons
commencé à nous rendre compte de sa réelle importance [...].
Plus tard, en réalité une fois la guerre finie, je pensais en
moi-même : «Le Seigneur Dieu a accordé douze années
d'existence au nazisme et après douze années, ce système s'est
écroulé [...]. Si le communisme a survécu plus longtemps et
s'il a encore devant lui une perspective de développement
ultérieur, c'est qu'il doit y avoir un sens à tout cela.»