Parlons tchouktche : une langue de Sibérie

Les Tchouktches, 15.000 personnes environ, vivent depuis
des millénaires dans le Grand Nord, aux abords du détroit de
Béring. «Découverts» au 17<sup>e</sup> siècle par les cosaques, ils refusent
de payer l'impôt en nature, de se convertir à
l'orthodoxie et d'adopter des noms russes. La résistance des
Tchouktches, acquis à l'idée de troc, mais hostiles à un impôt
unilatéral, révèle un peuple fier et combatif.
Leur économie comprend deux volets : élevage du renne et
chasse aux mammifères marins. Qu'ils soient éleveurs ou
chasseurs, ils se comprennent. Leur unité linguistique tient aux
contacts séculaires entre les gens de la toundra et ceux du bord
de mer. Elle tient aussi à leur culture spirituelle : l'homme vit en
communion avec la nature. Chaque lieu a son esprit qu'il faut
honorer. Mais on doit aussi se garder des esprits malins qui
cherchent à nuire aux humains.
Il n'a jamais existé chez les Tchouktches de structures
étatiques, de lois écrites, de lieux de culte communs. Après
1917, l'alphabétisation est bien acceptée, mais les enfants des
éleveurs sont placés en internats, loin des parents qui nomadisent
avec leurs rennes. Une langue écrite est créée et le premier
abécédaire est publié en 1932. Les années cinquante voient
paraître les premières oeuvres en langue tchouktche.
Le tchouktche appartient à la même famille que les langues
des confins du Kamtchatka : kerek, koriak, itelmène. Comme
bien d'autres idiomes, c'est aujourd'hui une langue en danger.