Histoire d'une intelligence : journal 1910-1911. L'inquiétude de pensée

« Chaque jour se produisent de menus événements qui confirment jusqu'à l'ennui que l'homme sans habitudes culturelles et sans besoins intellectuels est un être nocif et un ennemi de lui-même. [...] Ce sont le style et l'originalité que l'on recherche dans les livres, et la diversité des goûts qu'il faut flatter écarte les choix qui peuvent déplaire. Erreur de croire que la lecture d'un mauvais livre est sans conséquence : ce passe-temps apparemment indifférent signe l'arrêt de mort de tous les bons livres qui n'ont d'existence effective que dans le temps passé à les lire. N'avoir pas de pitié pour la médiocrité littéraire, pour l'absence d'idées : de la " forme ", dans l'acception absurde de ce terme, d'autres se soucient déjà assez. »
Stanislas Brzozowski , 10 décembre 1910.
Mort à 33 ans à Florence, loin de son pays où il était considéré comme un traître, l'écrivain polonais Stanislas Brzozowski (1878-1911), romancier, critique littéraire et philosophe, est l'auteur d'une oeuvre considérable.
Ce journal, rédigé dans les derniers mois de sa vie, est à la fois une sorte d'autobiographie et de confession, morale autant qu'intellectuelle, un bloc-notes de lectures, un carnet d'esquisses critiques et philosophiques, et un journal intime. Il correspond au projet abandonné d'un texte intitulé Histoire d'une intelligence , qui devait clore un recueil de ses essais philosophiques. Comme l'écrit Marta Wyka dans sa postface, « ces notes témoignent du commerce privilégié que Brzozowski entretient avec des auteurs choisis, traités comme des personnes vivantes, qu'il s'agisse de contemporains, d'auteurs morts, ou même de classiques. Saint-Simon, Charles Lamb, Machiavel, Nietzsche, Joseph Conrad habitent un même espace gouverné par la pensée, soustrait au temps de l'histoire et de l'actualité. »